Le mythe de la continuité
Nous avons appris à admirer ce qui dure.
L'effort constant.
La motivation constante.
La disponibilité constante.
La progression constante.
Comme si la continuité était devenue la preuve que tout fonctionne correctement.
Pourtant, lorsque nous observons le vivant, nous ne trouvons presque jamais cette permanence.
La respiration varie.
L'attention varie.
L'énergie varie.
L'humeur varie.
Même la température du corps fluctue en permanence.
Le vivant ne semble pas chercher la stabilité absolue.
Il cherche plutôt un équilibre dynamique.
Un équilibre qui se construit par des ajustements continus.
Pourtant, nous entretenons souvent une autre attente.
Nous voudrions rester inspirés lorsque l'inspiration est là.
Rester performants lorsque tout fonctionne bien.
Prolonger indéfiniment les périodes favorables.
Comme si l'objectif consistait à figer un état agréable.
Mais ce qui est vivant ne se laisse pas figer.
L'attention finit par diminuer.
Le corps réclame une récupération.
L'élan se transforme.
Le cycle poursuit sa route.
Une partie de notre fatigue provient parfois de cette résistance.
Non pas de l'effort lui-même.
Mais de notre difficulté à accepter que certaines choses soient temporaires.
Dans le monde moderne, cette difficulté est renforcée.
Nous sommes entourés d'outils qui fonctionnent sans interruption.
Les réseaux restent ouverts jour et nuit.
Les informations continuent d'arriver.
Les sollicitations ne s'arrêtent jamais.
Peu à peu, nous pouvons finir par croire que nous devrions fonctionner de la même manière.
Pourtant, comme le rappelle le modèle Natal, notre cerveau n'a jamais évolué dans un environnement de stimulation continue. Il est issu d'un monde rythmé par l'alternance, les périodes d'activité et les périodes de repos.
Le problème n'est donc pas toujours un manque de capacité.
Le problème est parfois une attente irréaliste.
Nous demandons au vivant d'être continu alors qu'il est cyclique.
Nous demandons au corps de produire alors qu'il cherche aussi à récupérer.
Nous demandons à l'attention de rester stable alors qu'elle fonctionne naturellement par vagues.
Peut-être que la question n'est pas :
Comment rester performant en permanence ?
Mais plutôt :
Comment vivre avec intelligence les alternances naturelles qui nous traversent ?
Ce que cet épisode ouvre
Si la continuité est en partie une illusion, alors le repos n'est peut-être pas l'opposé de l'action.
Il pourrait en être l'une des conditions.
Dans l'épisode suivant :
Le repos n'est pas une panne.